La traite des Noirs

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Vers 1660 la révolution sucrière va modeler le destin historique de la Martinique. Pour répondre à la demande accrue de sucre sur les marchés européens, l'île se transforme en une véritable usine à sucre subordonnée à l'intérêt du commerce métropolitain. Dans un premier temps on s'efforce de faire venir des travailleurs européens (les engagés). Mais ce système est vite abandonné car peu rentable. Le travailleur blanc sous contrat ne reste aux Antilles que durant trois ans. Les conditions de vie épouvantables que leur imposent les maîtres finissent par être connues en métropole et le flux es engagements se tarit. Par exemple s'ils étaient 12000 à s'engager en 1656 en Guadeloupe, ils n'étaient plus que 3000 en 1671. C'est alors que l'on va se tourner vers l'Afrique noire considérée comme un grand réservoir de main d'œuvre. Un système esclavagiste se met en place basé sur la traite des noirs qui apporte à la colonie de nouveaux contingents d'esclaves pour grossir les rangs existants et remplacer les morts.
Les navires négriers européens,  chargés de de produits susceptibles d'intéresser les courtiers africains (cauris, tissus, fusils, poudre, outils, eau de vie,...) se dirigeaient vers l'Afrique. Après avoir procédé à l'échange de la marchandises contre des esclaves, ils gagnaient les Antilles ou l'Amérique. Leur cargaison humaine déversée, ils regagnaient l'Europe les cales pleines de denrées tropicales. Ce trafic entre les trois continents  a pris le nom de commerce triangulaire. Le Marie-Séraphine, navire négrier basé à Nantes chargeant sa cargaison de bois d'ébène, terme renvoyant à l'idée que le noir n'est pas un être humain mais une marchandise et faisant référence à la couleur de sa peau.

 Le voyage au départ de Nantes, Bordeaux, La Rochelle, Saint Malo, dure environ une quinzaine de mois. Les navires ne sont pas spécialement construits pour la traite mais sont des bâtiments de commerce légèrement transformés : cuisine plus importante, rambarde de bois pour séparer le navire en deux parties inégales pour les hommes et les femmes, grande écoutille pour faire monter et descendre les captifs sur le pont.

La traite des noirs s'est organisée, au fil des voyages,  passant de la traite volante aux caravanes d'esclaves puis à la création de dépôt fixes. 
La traite volante. C'est la recherche et la capture d'esclaves le long des côtes africaines. Le bateau reste en haute mer  à proximité d'un village littoral. Des barques accostent en quête de villageois à enlever.  Ce système est peu pratique , peu rentable et dangereux car le bateau négrier doit réaliser un long cabotage, pouvant aller jusqu'à  une dizaine de mois pour compléter sa cargaison d'environ 200 esclaves. Il sera vite abandonné Les caravanes d'esclaves.  Les captifs originaires de l'intérieur de terres, sont conduits vers un point de traite situé sur le littoral. Chaque esclave porte une fourche de bois rivée autour du cou et le manche est attaché sur l'épaule de celui qui précède. Cette formule mieux organisée mais qui n'est guère plus pratique ni moins coûteuse que la traite volante, demande au bateau d'attendre en haute mer plusieurs semaines, voire plusieurs mois, l'arrivée des caravanes.. Les dépenses sont conséquentes puisqu'il faut entretenir le navire et l'équipage, les esclaves déjà à bord, rémunérer les courtiers africains ou européens qui fournissent les captifs. Gorée : un dépôt fixe.  Les dépôts sont des établissements détenus par des grandes compagnies ou par des États européens où sont stockées de grandes quantités d'esclaves. Gorée, petite île du Sénégal, face à Dakar a été occupée par les Portugais, par les Hollandais, les Anglais et les Français.  
Les comptoirs permettaient de disposer immédiatement de la quantité d'esclaves nécessaire. Cette formule demande toutefois de grosses dépenses : construction d'un fort et entretien d'une garnison et d'une masse importante d'esclaves. Elle est intéressante pour les seules puissantes compagnies négrières. (dessin F. Bourgeon, les passagers du vent n°3, Editions Glénat)
La valeur des esclaves en Afrique. Dans la plupart des régions africaines où on pratique l'esclavage, la monnaie est inconnue. Les échanges se réalisent essentiellement sous forme de troc. ainsi les esclaves sont acquis en échange de marchandises amenées d'Europe : métaux, tissus, fusils et poudre, tabac, alcool, pacotille (perle, miroirs, corail, coquillages). Le prix des esclaves varie en fonction de nombreux facteurs: l'offre et la demande, l'état de santé, le sexe et l'âge. Les plus recherchés et les plus chers sont ceux les plus aptes à réaliser les activités essentielles sur la plantation On les appelle "les nègres pièces d'Inde". Une fois achetés, les noirs sont marqués au fer rouge des marques de l'armateur.
Prix d'un "nègre pièce d'Inde"au Bénin vers la fin du XVIIIème siècle : 

1 pièce de mouchoir de Cholet, 1pièce de soie de Nîmes, 1 pièce de cotonnade de Rouen, 1 pièce de perse des Indes, 80 ivres de tabac à chiquer, 1 fusil réformé, 1 bassin de cuivre, 1baril de poudre, 1 baril d'eau de vie, 1barre de fer, 1 collier de corail

(H. Deschamps, Histoire de la traite des noirs)

Conseils de Stanislas Foäche, négrier du Havre dans le choix des esclaves : "L'homme grand et fluet ne vaut rien parce qu'il dépérit dans la traversée; le dos arrondi n'est qu'aux hommes mal effacés et par conséquent de poitrine étroite. Il faut éviter les mâchoires saillantes et les bouches pointues, s'ils maigrissent, ils deviennent hideux. Les vieux sont ce qui a de plus dangereux : ils se chagrinent aisément et maigrissent; ils en est cependant qui contribuent à égayer les autres. Il faut éviter avec la même attention les vieilles femmes. En négrillons et négrilles tout passe : on paie bien cher ici la figure et la taille. Les trop petits négrillons sont désavantageux parce qu'ils sont peu recherchés et qu'il faut payer pour eux le même courtage, le même taux par tête d'officier, le même droit à la Compagnie, et ces enfants mangent et boivent presque autant que les grands. Les forts négrillons sont et seront toujours très demandés" (HISTORIA THEMATIQUE n° 80 page 21)
Outre la concurrence des autres bateau lors de l'achat en Afrique, une autre difficulté pour le capitaine cherchant à s'approvisionner est l'obligation d'acheter par lot. Joseph Brugevin, capitaine du "La Licorne" parti de Bordeaux le 18 janvier 1787 raconte : "Pour un nègre fort et bien portant, il faut souvent accepter des négrillons, des vieillards ou même des malades. Il faut de plus tenir compte des ethnies. Les Macous sont de "mauvaises têtes", mais forts et robustes, ils résistent mieux à la mer que les autres races. les Macoudés, tout aussi robustes, valent moins parce que, lorsqu'ils sont malades,"ils se laissent aller au mal, se chagrinent et meurent plus communément que les Macous. Enfin, les Yambanais, de bons noirs sont encore plus mélancoliques que les Macoudés : ils peuvent se laisser mourir de chagrin. Et le bénéfice se trouve réduit d'autant. Ainsi les Yambanais ne sont embarqués que par défaut" Les trafiquants arabes qui descendent jusqu'à Zanzibar pour vendre leurs récoltes mettent sur le marché de superbes Abyssins et des Moussaous, ces derniers eux aussi trop sujets au chagrin. Brugevin donne son interprétation de "ce chagrin " "Les arabes, pour s'assurer le bénéfice de la récolte à terre disent aux noirs que les Blancs les déportent pour boire leur sang. Allant les chercher jusqu'au Congo oriental en suivant les fleuves, ils se présentent comme leur protecteurs et les assurent de leur aide s'ils se tiennent tranquilles jusqu'à la côte. Là, ils les vendent malgré les promesses. A la vue des Blancs qui mangent de la viande salée et du vin rouge, les esclaves sont alors persuadés que se sera bientôt leur tour."
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