Les Arawaks (IIIème au IXème siècle)

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Entre 5000 et 1000 av. J.-c. eu lieu une première vague de migration avec pour principale origine la région du bassin du fleuve Orénoque. Les objets en poterie découverts lors des fouilles effectuées à Saladero sur les rives du Moyen-Orénoque (Venezuela), datés de cette époque, présentent de nombreuses similitudes avec ceux utilisés dans les îles quelques siècles plus tard. C'est la raison pour laquelle les archéologues ont appelé "saladoïde", le style de cette poterie attribué au groupe ethnique des Arawaks. Ce qui est certain c'est que, entre 160 et 220 ap. J.-C. diverses îles sont habitées par les Arawaks. Les vestiges retrouvés dans les sites archéologiques de Trinidad, de Saint-Vincent, de Martinique, de Guadeloupe, d'Antigua témoignent de cette présence. Il semble que les Grandes Antilles aient été peuplées plus tard vers 700 ap. J.-C. par des groupes arawaks auxquels on a donné le nom de Taïnos. La parenté entre les Taïnos et les Arawaks des Petites Antilles est établie, même si l'on observe des différences. Ce sont les Taïnos qui ont été les premiers en contact avec les Européens de Christophe Colomb et dont les chroniqueurs espagnols ont décrit la culture.

La première période Arawak : En Martinique, les sites d'occupation les plus anciens se trouvent dans le Nord-Atlantique, Vivé et Fond Brulé (vers 220 après JC) au Lorrain et Lassalle (vers 180 ap. JC) à Sainte-Marie. La grande étendue de ces sites, la quantité considérable de vestiges céramiques prouvent l'existence de véritables villages habités par des dizaines de familles. La proximité de la mer, la présence d'une rivière, l'installation sur de faibles hauteurs dominant la plage caractérisent le site arawak. La poterie arawak révèle notamment qu'il s'agissait d'hommes vivant de la cueillette, de la pêche, de la chasse mais principalement d'une agriculture basée sur le manioc.

Les archéologues admettent que par la diversité des formes, la qualité des matériaux, la créativité esthétique, la céramique de Vivé a atteint un sommet non égalé dans les autres petites îles. Fabriquée par des hommes (en réalité des femmes) ignorant le tour, elle surprend par sa finesse. Marmites, vasques, bols, bouteilles, vases, "brûle-parfum" etc., souvent ornés de symboles (dont la signification est encore cachée) et de motifs zoomorphes et anthropomorphes, témoignent d'une habileté et d'un sens artistique extraordinaires. (pièces visibles au Musée départemental d'archéologie)

Ces Amérindiens n'avaient pas d'écriture, mais ils nous ont laissé des "messages" à travers l'expression artistique: signes et symboles de leur poterie et des pétroglyphes (roches gravées comme celles de la forêt de Montravail à Sainte-Luce. On sait que l'animisme marque fortement les croyances religieuses de toutes les communautés primitives. La communauté arawak insulaire ne fait pas exception. La fréquence et la grande diversité de représentations abstraites ou réalistes, par exemple, de certains animaux (grenouille, tortue, chauve-souris, etc.) ne nous apportent pas seulement de précieux renseignements sur la faune et l'environnement des îles, mais sans doute aussi les signaux d'un message mystique.

Mais Vivé et les sites arawaks de nord-atlantique eurent une courte vie. Une éruption volcanique les détruisit au cours du me siècle ap. J.-C. et les recouvrit d'une couche épaisse de matériaux. Cette première période arawak a été dénommée " Saladoïde insulaire" par certains archéologues (M. Mattioni). Y eut-il ensuite un " trou" dans le peuplement de la Martinique? Possible. Car les traces ultérieures de l'installation humaine datent du Vème siècle, notamment dans la partie sud de l'île. Comme si la "Montagne de Feu" avait, pendant un certain temps, écarté les hommes.

La deuxième période arawak : Le site type de cette nouvelle période ("Saladoïde modifié") est Dizac au Diamant qui se distingue par une extrême richesse de sa poterie d'un style apparenté au précédent mais comportant des éléments originaux (motifs de la papule, pierres à trois pointes), utilisant des matériaux et des procédés de fabrication différents.

Le mode de vie ne diffère guère de celui des hommes de Vivé, toutefois avec cette particularité qu'elle exploite davantage les ressources marines (coquillages, poissons, tortues, lamantins, etc.) et que l'habitat se rapproche davantage du rivage marin. Les objets façonnés avec des coquillages sont particulièrement originaux dans les Antilles car il s'agit le plus souvent de haches, d'herminettes, de ciseaux à bois, ce qui est extrêmement rare dans la préhistoire universelle. Agriculteurs (culture du manioc), excellents potiers, pratiquant la vannerie et la mature du coton, tels nous apparaissent les Arawaks de cette période.

 L'évolution ultérieure du style de la poterie, voisin de la période précédente, mais semble-t-il moins varié et plus fruste, peut laisser penser à une transformation endogène ou à l'arrivée d'une nouvelle vague de migrateurs Arawaks venus du continent. (Ce sera la période du " Saladoïde terminal " ou du Caribéen moyen). En tout cas, du III" au IX" siècle ap. J.-C. la culture de l'Arawak insulaire, liée sans doute à une activité rituelle inchangée (ou faiblement modifiée) au cours des siècles et marquée par une intense activité inter îles, présente une unité incontestable: en témoignent les vestiges repérés dans toutes les petites îles de l'archipel antillais. Une soixantaine de sites arawaks  a déjà été inventoriée en Martinique.

L'intrusion brutale de l'ennemi héréditaire venu lui aussi du continent, les Caraïbes, entraînera au Xème siècle l'effondrement du monde arawak dans toutes les Petites Antilles.

Les Caraïbes