Les mammifères terrestres

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Mis à part les espèces importées par les colons, la Martinique n'est pas riche en mammifères terrestres. On trouvait encore au XVIIème siècle un gros rongeur, l'Agouti (Dasyprocta aguti)qui vivait en grand nombre sur l'île. Sa chair recherchée a rapidement fait disparaître l'animal de la Martinique. Il en existe encore en Guadeloupe où bien qu'il soit protégé, il est malheureusement largement braconné. Un autre représentant de l'ordre des rongeurs habitait l'île, le rat Pilori ou rat musqué (Magalomys desmarii). Il a lui aussi disparu à cause de la guerre sans merci qu'il lui été faite pour ses ravages dans les champs de canne. De grande taille, (jusqu'à 70 cm), on peut en voir un spécimen conservé au musée d'Histoire naturelle à Paris. C'est surtout, la mangouste et le manicou que l'on peut rencontrer aujourd'hui sur les sentiers de la Martinique.
La mangouste (Herpestes auropunctatus) appartient à la famille des Viverridés. C'est un petit mammifère carnivore au corps allongé et mince, à longue queue. Ses pattes très courtes donnent à cet animal farouche et agile l'impression de ramper. La mangouste fréquente tous les milieux même dans les parties non inondées de la mangrove. Ainsi, vous risquez fortement d'en rencontrer toute une famille qui s'est installée dans l'arrière mangrove de la baie du trésor à la Caravelle. Elle se reproduit de façon prolifique, une femelle pouvant mettre bas 4 à 5 petits par portée. Originaire d'Asie, son introduction à la Martinique a eu lieu à la fin du XIXème siècle pour combattre les rats qui faisaient d'énormes ravages dans les champs de canne à sucre et le redoutable serpent fer de lance. Après des résultats satisfaisants pour les cultures, la mangouste a commencé à poser de graves problèmes. En effet, dès que les rats et les serpents ont connu une diminution de leur nombre, la mangouste s'est attaqué aux oiseaux, aux lézards, aux batraciens, causant de graves dommage à la faune locale. Elle ne dédaignait pas non plus les poulaillers. Elle fut alors considérée comme nuisible et des campagnes de destruction organisées.
 Le manicou ou opossum (Delphis marsuplatis) est un marsupial de la taille d'un chat qui vit la nuit.  C'est à ce moment qu'on l'aperçoit en train de traverser une route. Maladroit sur terre, la queue relevée, s'il est aveuglé par les phares des voitures, il s'immobilise au milieu de la chaussée et peut se faire alors écraser ou capturé pour être mangé. Omnivore, son régime alimentaire est varié, fruits, poissons, crabes, rats, souris, reptiles, insectes et oiseaux. Surpris par un prédateur, il répand une forte odeur ressemblant à celle de l'ail grâce à ses glandes annales et  montre ses dents pointues. Si toute fuite est impossible, le stress produit chez lui une sorte de syncope le faisant passer pour mort. La femelle peut mettre bats plus de dix minuscules larves qui se réfugient immédiatement dans la poche maternelle où elles restent accrochées aux tétines jusqu'à atteindre un développement suffisant.
Plusieurs espèces de chauves-souris vivent en Martinique dont la plus fréquente est le rat volant (Artibeus jamaicensis). Nocturnes, elles passent la journée suspendues la tête en bas dans les feuillages ou les cavernes. Elles ont frugivores et ont un rôle important dans la dissémination des semences. Elles n'ont en général qu'un seul petit par portée.
La Martinique, comme le reste de l'Amérique, n'a pas échappée,  à l'invasion des rats et souris transportés dès le début de la colonisation par les bateaux. Les espèces venues d'Europe, le rat noir (Rattus rattus) puis le surmulot ou rat d'égout (Rattus norvegicus), et la souris domestique (Mus musculus) se sont vite répandus sur toute l'île. Très prolifiques, ces représentants de la famille des Muridés ont tout de suite causé d'énormes ravages dans les cultures et réserves de nourriture. Leurs prédateurs naturels présents sur place comme le serpent fer de lance (Bothrops lanceolatus) et la petite buse (Buteo platypterus) ne suffisant pas à freiner leur envahissement, d'autres amateurs de petits rongeurs furent importés comme les chats et surtout les mangoustes. Aujourd'hui, même si un équilibre semble trouvé, des campagnes de dératisations doivent être régulièrement organisées pour stabiliser la population des rongeurs. D'autant plus que les rats véhiculent de graves maladies comme la peste, le typhus, la rage et la leptospirose.
Les chats ( Felis catus)sont arrivés en Martinique dès le XVIIème siècle. Très peu portés sur la chasse au rat, ils ont préféré plutôt les lézards (anolis) et les oiseaux. Les colons et esclaves mangeaient fréquemment du chat et cette habitude perdure encore chez une partie de la population de l'île D'après le R.P. Du Tertre, célèbre chroniqueur du XVIIème siècle, des chiens de petites tailles vivaient dans les villages caraïbes. Ils étaient différents des chiens européens et certains pensent qu'il pourrait s'agir des ancêtres des chiens sans poils que l'on trouve encore aujourd'hui sur l'île et appelés "chiens fer". Les chiens (Canis familaris) importés par les colons ont donné naissance à un race locale : le chien créole. Ils étaient dressés pour la chasse mais aussi pour retrouver les esclaves évadés (marrons). D'où une certaine mauvaise réputation chez les antillais encore aujourd'hui. Beaucoup de chiens divaguent dans les villes et campagnes causant des dégâts dans les élevages ovins et caprins. La stérilisation des animaux n'est pas encore entrée dans les habitudes locales.
Pas de boeuf (Bos taurus) sur l'île avant l'arrivée des premiers européens. Mais très vite ceux ci ont importé du bovins comme bêtes de labour. Pour que le cheptel prenne de l'essor, chaque capitaine de navire devait, selon l'édit de Cobert du 10 décembre 1670, transporter deux vaches à chaque traversée. Aujourd'hui, la production locale de viande et de lait ne suffit pas à alimenter seule le marché mais des progrès sont fait pour améliorer la race en croisant des espèces supportant le climat chaud (race Brahman) et d'autres plus aptes à donner du lait (Frisonne) et de la viande (Charolaise). Les grands troupeaux sont encore rares (Vauclin, Sainte Anne, Diamant) par contre de nombreux bovins isolés paissent ça et là, même dans les zones commerciales et les bords de route, attachés à un pieu.
D'autres mammifères domestiques sont présents sur l'île importés eux aussi par les colons pour être élevés. Cochons et chèvres (cabris) étaient déposés sur des îles servant d'étapes au navigateurs, assurant à ceux ci de quoi s'alimenter à chaque passage. Les cochons importés d'Afrique en retrouvant la liberté ont ainsi donné naissance à une race de cochons sauvages (cochons marrons). Il n'en existe plus dans les forêts de Martinique.
Un boucan de cochon organisé par le Père Labat : "J’ai fait ci-devant la description d’un boucan de tortue, voici celle d’un boucan de cochon. Celui de tortue se doit faire au bord de la mer, et celui de cochon dans le bois, à l’imitation des boucaniers, ou chasseurs, qui accommodent le leur à peu près comme je vais dire, lorsqu’ils veulent se délasser de leur exercice ordinaire et se divertir. La différence de celui des boucaniers au nôtre était qu’ils font le leur avec un sanglier, ou cochon marron, au lieu que le nôtre n’était que d’un cochon domestique que j’avais eu soin de faire tuer, flamber et vider la veille."

Le jour étant arrivé j’envoyai dès le point du jour à l’ajoupa le cochon et les autres choses que j’avais fait préparer pour le repas, et surtout le vin, afin de le faire rafraîchir dans la rivière.... Les autres conviés s’occupèrent à former le boucan. C’est une espèce de gril de bois sur lequel le cochon tout entier se doit cuire. ...C’est sur ce lit, ou sur ce gril, qu’on couche le cochon sur le dos, le ventre ouvert, écarté autant qu’il est possible et retenu en cette situation par des bâtons, de peur qu’il ne se referme lorsqu’il vient à sentir la chaleur du feu qu’on met dessous....J’oubliais de dire que le ventre du cochon avait été rempli de jus de citron avec force sel, piment écrasé et poivré, parce que la chair du cochon, quoique très bonne et très délicate, et plus en Amérique qu’en aucun lieu du monde, est toujours douce, et a besoin de ce secours pour être relevée.

Pendant que le cochon cuit, ceux qui veulent déjeuner le peuvent faire, et boire un coup, pourvu que ce soit dans un coui, et que la liqueur ne soit point mélangée, C’est-à-dire qu’il faut boire le vin tout pur et l’eau toute pure, parce que ces sortes de mélanges et ces tempéraments d’eau et de vin sont tout à fait opposés à la simplicité d’une pareille vie. Après le déjeuner chacun prit son parti. Les uns allèrent à la chasse, les autres amassèrent des feuilles de balisier, de cachibou, et des fougères, pour faire des nappes et des serviettes; les autres eurent soin que le cochon cuisît lentement et que la chair fût bien pénétrée de la sauce dont le corps était rempli, ce qu’on faisait en la piquant avec la pointe de la fourchette, mais sans percer la peau, de peur que la sauce qu’on a intérêt de conserver ne passât au travers et ne tombât dans le feu.

Quand on jugea que le boucan était cuit, on appela les chasseurs avec deux coups d’arme qu’on tira coup sur coup. A mesure qu’ils arrivaient on plumait le gibier qu’ils avaient apporté, et selon son espèce on le jetait dans le ventre du cochon, qui servait de marmite, ou bien on le passait dans une brochette qu’on plantait devant le feu, où il se cuisent sans avoir besoin d’être tourné plus de quatre ou cinq tours. Les chasseurs qui n’apportaient rien n’en étaient pas quittes pour dire qu’ils n’avaient rien trouvé on leur répondait qu’il fallait chercher, trouver et apporter sur peine de la vie. Si c’étaient de vieux boucaniers, on les mettait sur-le-champ en pénitence en leur faisant boire autant de coups que le meilleur chasseur avait apporté de pièces de gibier, et cela tout de suite. ...

Après le bénédicité, nous nous mîmes à une table si ferme et si solide qu’elle ne pouvait branler à moins que la terre ne tremblât, puisque c’était la terre même, couverte de fougères, de feuilles de balisier et de cachibou. C’est au maître du boucan, comme chef de la troupe et père de famille, de couper le premier morceau à toute la compagnie. Il s’approche pour cela du boucan, tenant sa grande fourchette de la main gauche et le grand couteau à la droite, et le cochon demeurant toujours sur son lit de repos, avec un petit feu dessous, il coupe de grandes tranches de la chair sans endommager la peau, et les met sur des feuilles de balisier que les serviteurs portent à ceux qui sont assis. On met au milieu de la table un grand coui plein de la sauce qui était dans le ventre du cochon, et un autre plein de jus de citron avec du poivre, du sel et du piment, dont chacun compose sa sauce comme il le juge à propos.

Ce fut dans ces plaisirs innocents que nous passâmes la journée avec toute la joie possible. Le bon vin, qui est l’âme du repas, n’y manquait point. J’en avais fait porter de France, de Florence, de Madère et de Canarie, qui se trouvèrent si frais au sortir de la rivière où on les avait mis rafraîchir qu’on eût dit qu’ils étaient à la glace. Lorsque nous fûmes retournés à la maison, je fis sentir une petite collation, plutôt pour la forme que pour le besoin, après laquelle nous nous séparâmes fort contents des plaisirs innocents de cette journée.

Il est certain que le cochon marron est meilleur que le domestique, et que sa bonté augmente selon les fruits ou les graines dont il se nourrit; mais ces animaux sont rares aux iles du Vent, et surtout à la Martinique, où leur chasse devient tous les jours plus difficile, parce qu’ils se retirent dans les montagnes les plus escarpées et dans les ravines les plus profondes, où la peine est très grande quand il faut les y aller chercher, sans compter le danger d’être mordu des serpents. Tous les cochons de l’Amérique, soit sauvages, soit domestiques, ne mangent point d’ordures comme font ceux de toutes les parties du monde ils ne vivent que de fruits, de graines, de racines, de cannes et autres choses semblables. C’est à cela qu’on doit attribuer la délicatesse et la bonté de leur chair.

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