Le Fort Saint-Louis

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Petit promontoire de près de 600 mètres de long, 10 mètres dans sa partie la plus large et haut d'environ 40 mètres, creusé, retaillé, habillé de pierres, surélevé par endroits, le Fort-royal, Fort Saint-Louis depuis 1802, a d'abord protégé le Carénage, zone de remise en état des navires, de refuge pendant la saison des ouragans et de port. Il donna son nom à la ville qui fut construite à proximité.
HISTORIQUE DE SA CONSTRUCTION 
Sa construction a débuté vers 1640,  du temps de Du Parquet. En 1666, une palissade et un fossé sont construits  sous l'impulsion du marquis de Baas mais le fort ne pris sa forme qu'en 1680 avec les travaux que fit entreprendre le comte de Blénac qui avec les ingénieurs Combes, Payen et Caylus le transforme en citadelle à la Vauban. 

Il faisait partie d'un dispositif de protection contre les attaques par la mer avec la fortification au XVIIIème siècle de la Pointe des Nègres, de l'Îlet à Ramier  et plus tard de la Pointe des Sables et de la Pointe du Bout. Contre les attaques terrestres, le Fort Bourbon, devenu Fort Desaix a été bâti  sous Louis XV et le Fort Tartenson au XIXème siècle.

Pointe des Nègres Îlet à Ramiers
Si le fort réussit à repousser le débarquement de l'amiral hollandais Ruyter en 1674 et de l'amiral anglais Rodney en 1759,  sa valeur défensive laisse à désirer malgré ses hautes murailles. En effet en 1762, les Anglais qui parvinrent à débarquer aux Anses d'Arlet, à Sainte-Anne et à la Pointe des Nègres le bombardèrent depuis les hauteurs environnantes jusqu'à sa capitulation. La Martinique fut rendue aux Français, le 11février 1763 par le Traité de Paris, contre le Canada jugé à cette époque comme n'ayant aucun intérêt économique. La construction de Fort Desaix sur le morne surplombant la baie devait améliorer le dispositif défensif
En 1793, sous la Révolution, il devint le Fort de la République. Repoussés une première fois en juin 1793 par Rochambeau les Anglais reviennent en force en le 20 mars 1794, et prennent d'assaut le fort de la République. Les défenseurs seront déportés. Le fort prendra le nom de Fort Edward sous l'occupation anglaise. La Martinique fut rendue aux français en 1802 par le Traité d'Amiens et le fort pris le nom de Fort Saint-Louis.
Classé monument historique en 1973, le fort est toujours une base navale dont les aménagements se poursuivent

Parmi les occupants du fort, des iguanes, de l'espèce "Iguana iguana" ou iguanes communs à ne pas confondre avec l'espèce endémique des Petites Antilles "Iguana delicatissima". Les iguanes du site sont les derniers pensionnaires d'un zoo qui avait été installé dans l'enceinte du fort au début du siècle. Non originaires de l'île, ils doivent rester strictement casernés chez les militaires sous peine de voir les deux espèces se mélanger et provoquer la disparition en Martinique de l'iguane des Petites Antilles et l'apparition d'une espèce hybride comme en Guadeloupe et aux Saintes.
Iguana iguana du Fort St Louis Iguana delicatissima de l'îlet Chancel
Le Père Labat visite le Fort Royal  le mardi 2 mars 1694 " Il était alors environ six heures et demie. J'allai à la forteresse, où je trouvai M. de Gagni qui était de garde. Je le priai de me présenter à M. le général, qui me reçut avec beaucoup de bonté. Après qu'il eut lu les lettres que je lui présentai, il me dit qu'il savait déjà qui j'étais et que si je voulais demeurer au fort Royal, il m'emploierait à conduire les travaux, qu'il était persuadé que je corrigerais les fautes qu'on y faisait et que j'empêcherais les voleries qui s'y commettaient chaque jour.

 Je le remerciai d'une offre si avantageuse et lui dis que je dépendais de mes supérieurs, qui seraient ravis de lui marquer leur respect et leur obéissance, mais que je ne croyais pas qu'il eût besoin de moi pour le présent, puisque son ingénieur, qui avait été envoyé par le ministre, avait tout le savoir et toute l'intégrité nécessaires pour bien s'acquitter de son devoir. Nous demeurâmes ensemble près de deux heures; à la fin il fit appeler M. de Gagni et lui donna ordre de me faire voir toute la forteresse, et ensuite de me ramener dîner, ce qu'il voulut que je lui promisse, malgré tout ce que je lui pus dire pour m'en excuser. Nous trouvâmes l'ingénieur qui faisait travailler à un grand corps de logis faisant face à la mer. C'était un gentilhomme de Languedoc, appelé M. de Cailus, très habile et très expérimenté. Il n'y avait que quelques mois qu'il était arrivé aux Iles. Nous fîmes connaissance et nous liâmes depuis une amitié qui a toujours duré, dont il m'a donné des marques en une infinité d'occasions. Si on avait suivi son conseil, le fort Royal serait presque imprenable; mais les plus habiles gens et les plus désintéressés ne sont pas ordinairement les mieux écoutés, ni leurs avis les plus suivis.

M. de Gagni me fit faire le tour de la forteresse. Quoiqu'elle paraisse quelque chose quand on la regarde sans entrer dans le détail de ses parties, on y remarque des défauts considérables quand on la considère un peu plus attentivement. Elle est située sur une hauteur comme une presqu'île, composée d'une roche tendre ou d'un tuf qui se creuse aisément quand on est un peu au-dessous de sa superficie. Ce terrain est élevé d'environ quinze à dix-huit toises au-dessus de la superficie de la mer qui l'environne de tous côtés, excepté une petite langue de terre qui le joint à l'île.

Quand l'amiral de Hollande Ruyter vint attaquer la Martinique en 1674, cette motte de terre, qu'on appelait déjà le fort Royal, n'avait pour toute fortification qu'un double rang de palissades qui la fermait par le bas, avec un autre rang sur la hauteur, et deux batteries à barbette, une sur la pointe pour défendre l'entrée du port, qu'on appelle le Carénage, et l'autre du côté de la rade. Le terrain où est à présent la ville était un marais. il y avait seulement quelques mauvaises cases ou maisons de roseaux sur le bord de la mer, qui servaient de magasins à marchandises quand les vaisseaux étaient dans le carénage pendant la saison des ouragans.

Ces magasins étaient remplis de vin et d'eau-de-vie quand Ruyter fit descendre ses troupes; les soldats, ne trouvant aucune résistance, se mirent à les piller et, découvrant les liqueurs, ils en burent de telle manière qu'ils n'étaient plus en état de se tenir sur leurs pieds lorsque le commandant les voulut mener à l'assaut. Par bonheur il y avait dans le Carénage une flûte de Saint-Malo de vingt-deux pièces de canon et un vaisseau de quarante-quatre, qui était commandé par M. le marquis d'Amblimont. Ces deux navires firent un si terrible feu de leur canon chargé à cartouche sur ces ivrognes, qui tombaient à chaque pas qu'ils voulaient faire pour aller à l'assaut, qu'ils en tuèrent plus de neuf cents. Ruyter, qui vint à terre sur le soir après avoir passé toute la journée à canonner le rocher, fut étonné de voir plus de quinze cents de ses gens morts ou blessés; il résolut de quitter cette funeste entreprise et de faire embarquer le reste de son monde pendant la nuit.

Dans ce même temps, M. de Sainte-Marthe, qui était gouverneur de l'île, assembla son conseil et résolut d'abandonner le fort après avoir encloué le canon, attendu que celui des ennemis ayant brisé la plupart des palissades et abattu une grande partie des retranchements, il était à craindre que les habitants ne fussent forcés, si les ennemis venaient à l'assaut, quand ils auraient cuvé leur vin. Cette résolution ne put être exécutée avec tant de silence que les Hollandais n'entendissent le bruit qui se faisait dans le fort. ils prirent ce bruit pour le prélude d'une sortie qui leur aurait été funeste dans l'état où ils étaient, une partie s'étant déjà rembarquée, de sorte que l'épouvante se mit parmi eux; ils se pressèrent de s'embarquer et le firent avec tant de précipitation et de désordre qu'ils abandonnèrent leurs blessés, tous leurs attirails qu'ils avaient mis à terre, et une partie de leurs armes, pendant que les Français, épouvantés aussi par le bruit qu'ils entendaient, qu'ils prenaient pour la marche des ennemis qui venaient à l'assaut, se pressaient d'une manière extraordinaire pour s'embarquer dans leurs canots; De sorte que cette terreur panique fit fuir les assiégés et les assiégeants chacun de son côté et laissa le fort en la possession d'un Suisse qui, s'étant enivré le soir, dormait tranquillement et n'entendit rien de tout ce tintamarre; il fut fort étonné quand à son réveil, sur les six heures du matin, il se vit possesseur de la forteresse, sans amis et sans ennemis.

M. de Blenac eut la bonté de m'envoyer chercher pour dîner. Il me demanda mon sentiment sur les fortifications que je venais de voir. Je lui répondis que je les trouvais bonnes pour le pays, et surtout la dernière plate-forme qu'on avait faite parce que la batterie qu'on y mettrait empêcherait l'effet de celle que les ennemis pourraient faire sur la hauteur dont je viens de parler, qu'on appelle le morne des Capucins. Il est vrai qu'elle est éloignée de cinq à six cents pas du fort, mais elle ne laisserait pas d'incommoder. Il fut ravi de ce que je lui disais de cette dernière plate-forme: il me dit qu'elle était de son invention, et que la remarque que j'avais faite lui faisait connaître que j'étais un habile homme. Mais ayant continué à me demander ce que je pensais de certaines herses dont il avait fait couper les escaliers en plusieurs endroits, faute de savoir qu'elles étaient aussi de son invention, ma réponse pensa tout gâter, car je lui dis qu'on ne prenait pas les villes par les portes, et que quand on les assiégeait, on se saisissait des ouvertures à coups de canon. J'ajoutai par bonheur que les herses étaient très bonnes contre une surprise, et cela le satisfit."

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