Anse Cafard

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A la sortie du bourg, en direction des Anses d'Arlet, se situe l'Anse Cafard et son mémorial. Celui ci, oeuvre de l'artiste Laurent Valère, a été érigé, à l'occasion du 150ème anniversaire de l'abolition de l'esclavage en hommage aux Africains qui périrent dans le naufrage d'un bateau négrier clandestin, le 8 avril 1830, alors que le commerce des esclaves était théoriquement aboli. Des quelques 300 esclaves enchaînés à fond de cale, seuls 26 hommes et 60 femmes en réchappèrent et furent ensuite envoyés à Cayenne.

Les quinze statues en béton armé blanc (couleur du deuil caraïbe) de 2,50 m de haut et de 4 tonnes chacune, sont placées en triangle en rappel au commerce triangulaire entre l'Europe, l'Afrique et les Amériques. Elles sont tournées au cap 110° en direction du Golfe de Guinée.

Le récit de la tragédie 

C'est ici à l'anse Cafard, face à la Passe des Fours, lieu réputé dangereux par la violence des courants marins, que lors de la terrible nuit du 8 avril 1830, sombre un brick anonyme entraînant dans les abysses sa cargaison humaine encore enchaînée. En cette année 1830, les navires négriers pratiquent la Traite des esclaves de façon illégale, car le commerce de chair humaine est interdit depuis le Congrès de Vienne (8 février 1815), décision confirmée en France par les lois du 15 avril 1818 et du 25 avril 1827. Néanmoins, interdiction ne signifie nullement disparition. Tout se passe en effet comme s'il faut faire le plein de main d'œuvre esclave. Aux Antilles, in-extremis, des navires négriers sont commandités directement de Martinique. On a peur de manquer de Nègres aux colonies car la "durée" d'un esclave est pour les raisons que l'on devine, fort brève. La surmortalité infantile est effroyable. A cette date pour 2947 naissances, il y a 2326 décès par an chez les Nègres esclaves. 

Écoutons le récit de la tragédie par le Directeur Général de l'Intérieur par intérim, Monsieur Le Boitel : "J'ai reçu le neuf avril, à sept heures du matin, un avis par lequel Monsieur Telliam maillet, commissaire commandant du Diamant, m'informant qu'un bâtiment négrier s'était la veille jeté à la côte cers 10 ou 11 heurs du soir. Une heure après nous étions arrivés sur l'habitation Latournelle, où Monsieur Dizac, géreur de l'habitation avait recueilli les malheureux provenant du naufrage...  Je les proclamai possession acquise du Roi. Nous jugeâmes ensuite, Monsieur le Directeur des Douanes et moi, après nous être concertés sur ce qu'il nous restait à faire qu'il importait essentiellement de nous rendre au lieu même du naufrage ...Après une demie heure de marche au travers de roches à fleur d'eau, nous arrivâmes à l'endroit où le bâtiment avait fait côte. Des mats brisés arrêtés dans ces quartiers de rochers, des parcelles de voiles déchirées et retenues flottantes, ainsi que des cordages dans les écueils où le bâtiment s'était englouti, témoignaient encore de l'endroit qu'un évènement affreux avait couvert de deuil. Quarante six cadavres dont quatre de blancs gisaient au milieu des roches... J'ordonnais, l'inhumation des cadavres noirs à quelques distances du rivage, et je fis porter les cadavres des blancs au cimetière de la Paroisse du Diamant, où ils reçurent la sépulture. J'ai été aussi conduit à la case de l'homme de couleur libre Borromé, où les noirs sauvés du naufrage avaient d'abord été recueillis. Il en restait alors six que leur état de souffrance n'avait point permis de conduire jusqu'à l'habitation Latournelle. Des autres noirs rescapés, 80 furent conduits et remis à l'administration de la Marine au Fort Royal. J'ai fait procéder par des interprètes, à l'interrogation des noirs naufragés. il en résulta de leur déclarations, que depuis quatre mois, ils étaient en mer, que le plus grand nombre des blancs à bord, étaient morts dans la traversée, que soixante dix noirs aussi étaient morts de maladies avant le naufrage et avaient été jetés à la mer pendant le voyage, et qu'il en restait encore deux cent soixante quand ils se perdirent sur la côte du Diamant". Il n'y eu que peu d'hommes sauvés étant tous accouplés avec des fers au pieds et dans la cale au moment du naufrage. Dès lors un problème de droit de posait :que faire des ces êtres, qui, s'ils ne pouvaient être du fait de la loi d'alors, esclaves (puisque issus de la traite illégale), n'étaient pas considérés, ici dans cette colonie comme des Hommes et donc ne pouvaient être réellement libres. En mai 1830, le Conseil privé de la Martinique déclare que "l'envoi à Cayenne (Guyane), des Nègres capturés a été prescrit pour éviter d'avoir aux Antilles une classe spéciale d'individus qui sans être esclaves en principe, ne pouvaient être considérés comme libres..." Ainsi une deuxième déportation, en juillet 1830 venait s'ajouter à la première, augmentant le calvaire de ces rescapés du négrier fraudeur échoué à l'anse Caffard

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Rocher du Diamant