L'éruption du 8 mai 1902

Accueil Remonter

Et ce fut la catastrophe ! En quelques secondes, le jeudi 8 mai 1902, à 8H02, tous les habitants et voyageurs qui se trouvaient ce jour là à Saint Pierre périrent asphyxiés et carbonisés sous les effets d'une nuée ardente émise par la Montagne Pelée. Des signes avant-coureurs avaient pourtant alerté la population : le 22 avril, la terre avait tremblé; le 24 avril, une colonne de vapeurs noires chargées de cendres s'était élevée au sud-ouest du cratère. Il y eut ensuite des émissions de cendres, des grondements souterrains, des coulées de boues chaude. L'une d'elles, le 5 mai, avait emporté plusieurs maisons et détruit l'usine Guérin, à l'entrée du bourg. Dans la nuit du 7 au 8 mai, d'autres coulées de boues se déversèrent sur la côte orientale et les village de Macouba, de Basse-Pointe ainsi que le Prêcheur furent touchés. Les Pierrotins, sauf rares exceptions, n'étaient pas partis : nombre d'entre eux étaient demeurés pour des raisons politiques: il devait y avoir des élections le dimanche suivant.  Et puis, on s'attendait à des coulées de lave, ce qui aurait permis de faire évacuer les habitants. Le phénomène des nuées ardentes, sortes de nuages formés par des gaz portés a des températures de 2000 ° et contenant des blocs de cendres,  n' était pas connu.

Sur fond d'élections législatives, la décision d'évacuer la ville n'est pas prise. Le 7 mai, le gouverneur Louis Mouttet en personne, vient loger à Saint Pierre avec sa femme pour rassurer la population. Il pleut à verse tout l'après midi. En début de soirée, la commission scientifique nommée par le gouverneur annonce "Rien d'anormal, ... la position relative des cratères et des vallées débouchant vers la mer permet d'affirmer que la sécurité de Saint Pierre reste entière". Ce même jour à Saint Vincent, île voisine, la Soufrière exlose faisant 1500 morts. La nuit est infernale mais quand le jour se lève, le soleil brille. Au dessus de la montagne le panache de vapeur s'élève droit. Pourtant, les gaz contenus dans le magma génère une surpression à la base du dôme. Peu avant 8 heures, les gaz se détendent brutalement. L'explosion qu'ils provoquent détruit latéralement une partie du dôme. Une nuée ardente est libérée et dévale le flanc sud ouest du volcan. Saint Pierre est atteinte en moins de 2 minutes. La ville est soufflée par l'onde de choc qui se déplace à plus de mach 1 puis toute vie est anéantie par la nuée ardente qui déboule à plus de 100m/s.
La rade où étaient ancrés 18 navires fut dévastée. Un seul d'entre eux fut épargné, le Roddam, navire britannique, ancré plus au large. Le Belém qui la veille n'avait pu trouver de place à Saint Pierre comme à l'habitude, fut contraint d'aller mouiller au Robert, ce qui le sauva. Il est revenu dans la rade en 2002 pour le centenaire de l'éruption.

En quelque minutes , 58 km² sont rasés et les 28 000 habitants réduits en cendre. IL n'y aura que deux survivants,  le fameux Cyparis, protégé par sont cachot et Léon Compère le cordonnier de la ville. Le 30 août de la même année, une nouvelle éruption fera plus d'un millier de victimes au Morne-rouge.
Louis Cyparis, dit Samson, n'est pas un enfant de chœur. Ce grand noir, costaud, âgé d'une vingtaine d'années, mi-marin mi-cultivateur, ne craint ni la bagarre ni l'alcool. Début avril 1902, il blesse un compagnon de beuverie d'un coup de coutelas. La justice le condamne à un mois de prison. Il est détenu à Saint Pierre. Peu avant sa libération, profitant d'être en ville pour y accomplir quelques corvées, Il s'enfuit pour aller danser à une fête au Prêcheur, son village natal. Le lendemain, il revient se constituer prisonnier et écope de huit jours de cachot. Le 8 mai au matin, lui seul échappe à la mort. Les murs de pierre de son cachot voûté ont tenu. Il est retrouvé le dimanche 11 mai, brûlé et sanguinolent. Il a des plaies profondes sur tout le corps mais il survit. Plus tard, il signera un contrat avec le cirque américain Barnum. Il y exhibe ses cicatrices de brûlures. Il meurt en 1929 à Panama. 
Après le 8 mai d'autres nuées ardentes moins violentes suivent la vallée de la rivière Blanche. Celle du 30 août 1902, qui déborde la caldeira par le flanc sud-est détruit Le Morne-Rouge faisant un millier de morts. Entre mai et novembre 1902, un dôme de lave s'accumule dans la caldeira de l'Étang Sec, puis une aiguille alternativement monte et s'éboule. Le 31 mai 1903, elle culmine à 1617m. L'essentiel de cette aiguille sera dispersée par les 58 nuées ardentes produites entre novembre 1902 et août 1903. Le cycle éruptif se poursuit jusqu'en juin 1905. Un autre cycle débute en 1929 pour se terminer en 1932
Retour à Saint Pierre
L'observatoire de la Montagne Pelée