Château Dubuc

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Les ruines du Château Dubuc, pour le principal, ne font pas partie du territoire de la réserve naturelle de la Caravelle. Cependant, de par leur situation géographique centrale, elles constituent le témoignage incontournable de son histoire. En effet, les hommes qui ont habité la Caravelle, exploité ses forêts, travaillé sa terre et finalement façonné ses paysages, auront bien pour la première fois après l'occupation des Indiens Caraïbes, marqué profondément ce territoire  à tel point que cette histoire est indissociable de la compréhension des milieux naturels de l'actuelle réserve.
C'est en 1657 que Pierre Dubuc, originaire de Normandie, aurait débarqué en Martinique selon le texte original de R.P. Labat dans ces "Nouveaux voyages aux îles d'Amérique". "On ne sait pas d'où il venait, mais son accent le donne pour Normand. La seule chose dont on soit sûr, c'est qu'il est arrivé à Saint-Christophe comme engagé. Soumis à un maître particulièrement dur, il l' attendit un soir au détour d'un sentier et lui mettant un Pistolet sur le ventre, le força à signer sa libération". Il participe à plusieurs expéditions contre les indiens Caraïbes et reçoit en récompense une concession dans la région de la Trinité où il s'installe à partir de 1671. Il a deux fils : Jean Dubuc dit Létang et Balthazar Dubuc de Bellefonds. Balthazar, son deuxième fils, s'établit à la Caravelle sur l'habitation Spoutourne, mais c'est son petit fils Louis Dubuc du Galion qui fixe dans la pierre la puissance de cette famille en construisant l'habitation Caravelle, qui devait devenir le "Château Dubuc". En effet, Louis Dubuc du Galion se marie en 1725 avec Marie Menant, fille d'un Conseiller au Conseil Souverain de la Martinique et choisit de s'installer à l'extrémité de la Caravelle, séduit sans doute par le port naturel que constitue l'actuelle Baie du Trésor, la présence sur place de tous les matériaux de construction et peut-être également par l'absolue tranquillité des lieux. "La Caravelle" écrit-il "est sans contredit l'endroit de l'île où ces ouvrages se font à moindre frais par l'avantage qu'il y a d'avoir sur les lieux la pierre de taille, le mœllon, la chaux et le sable... La toise de mur construit n'y vaut pas plus de 50 à 60 livres. Dans la région de Rivière-Salée, c'est tout l'opposé...". (La saga des Dubuc, Jacques Petit Jean Roget, Décembre 1990). A la mort de son père Bellefonds en 1755, il hérite de l'ensemble Spoutourne­Caravelle sur lequel on ne compte pas moins de 100 hectares de canne à sucre et 250 esclaves, dont il répartit la gestion entre ses deux fils. Mais à la suite de nombreux combats contre les Anglais, Louis Dubuc du Galion est gravement blessé en 1761. 

Dès 1770 le "Château Dubuc" est progressivement abandonné à la suite de la mauvaise gestion de son fils Dubuc Louis y et du terrible cyclone de 1766, au profit de l'habitation Spoutourne. Lorsqu'en 1857, les petits-enfants de Bellefonds devront liquider ce qui est désigné comme étant "une. habitation à usage sucrerie dite Spoutourne et la Caravelle". La Caravelle ne compte pour rien si ce n'est "le fond de terre de la Caravelle, 517 hectares en bois debout, savanes et halliers". Un peu plus d'un siècle suffit alors aux intempéries et aux figuiers maudits pour venir à bout des murs pourtant solides de cette habitation.

Les ruines de l'Habitation : "Le Château Dubuc" est une habitation sucrière du XVIIIème siècle semblable à beaucoup d'autres par la nature des bâtiments qui la compose: on reconnaît sans peine, malgré les multiples dégradations, les différents corps de bâtiments que l'on retrouve habituellement dans les habitations de l'époque: maison du Maître, cuisine séparée, moulin circulaire à bœufs, sucrerie, purgerie, four à chaux, cachots, dépôts. Ce qui retient l'attention, c'est d'une part leur disposition respective parce qu'elle tire le meilleur parti de la topographie des lieux, mais aussi la puissance de la construction de la maison du Maître et l'importance disproportionnée des dépôts, dont on remarque qu'ils ont été curieusement agrandis au fur et à mesure des besoins sans que la taille de la sucrerie, qui ne compte que huit cuves, ne la justifie.

Les dépôts sont proches d'un petit embarcadère d'où l'on imagine que des chaloupes à fonds plats rejoignaient les navires marchands mouillés dans la baie du Trésor, à travers un chenal creusé dans la mangrove. La légende parle de contrebande. Le lieu est isolé, propice en effet au développement d'activités commerciales peu scrupuleuses, certainement plus lucratives que la production de sucre. Le mystère demeure. 

En 1974, le SIATNO fit l'acquisition pour le compte du Parc Naturel Régional alors en gestation, de 2,5 hectares de terrain d'assiette des ruines du Château Dubuc. Malgré les nombreuses difficultés à ravir les ruines de l'emprise des figuiers maudits, le Parc Naturel Régional, dont une des missions consiste en la protection du patrimoine naturel et historique de la Martinique poursuit un programme de restauration et de mise en valeur du site. Les murs ont été dégagés de l'emprise des figuiers maudits, un micro-musée mis en place par les services du Musée Départemental rassemble divers objets de la vie de cette époque, obtenus lors de fouilles historiques. Les ruines du Château Dubuc sont aujourd'hui classées Monument Historique.

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