La mangrove

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Souvent mal connue, de surcroît mal aimée et au rôle écologique mésestimée, la mangrove n'en constitue pas moins l'un des plus intéressants espaces forestiers de l'île. Forêt amphibie, elle ne se rencontre que sous les tropiques, dans des eaux qui ne connaissent pas une température inférieure à 22°C et se caractérise par un nombre très restreint d'essences particulièrement adaptées au milieu original dans lequel elle croissent. En outre, elles ne peuvent se développer que dans des zones calmes, peu profondes. C'est pour cette raison qu'on les trouve surtout au fond des baies bien protégées.

On distingue plusieurs zones différenciées. Une zone pionnière qui gagne sur la mer grâce au rôle colonisateur du palétuvier rouge (Rizophora mangle). Facilement reconnaissable à ses racines aériennes en arceaux, c'est sans doute l'arbre le plus typique de la mangrove et la seule espèce végétale à production vivipare. Puis vient une zone intérieure, au sol vaseux, le plus souvent recouvert par la mer, où se développe le palétuvier noir (Avicennia germinans) remarquable à ses pneumatophores, excroissances des racines qui sortent perpendiculairement de la vase. Enfin, dans une zone bordière, on trouve le palétuvier blanc (Laguncularia racemosa) et le palétuvier gris (Conocarpus erecta) aux fruits semblables à de petites pommes de pin

En Martinique, les mangroves occupent plus de 1800 ha, soit 6% des zones boisées et plus de 1,5% de l'île. Il y existe trois types de mangroves (PORTECOP 1979). La mangrove de la baie de Génipa, la plus étendue et la plus puissante, est une mangrove sur tourbe et argile molle composée de palétuviers rouges et de palétuviers noirs qui se développe avec un apport constant d'eau.  La mangrove sur sol limono-sableux, caractérisée par l'abondance de palétuviers gris qui se développe dans des conditions hydriques semi-humides, comme à la Caravelle. Et enfin, la mangrove sur sol argilo-sableux à palétuviers noirs et à herbe à crabe qui se développe dans les régions à saison sèche marquée comme à la Baie des Anglais à Sainte Anne.

Le palétuvier blanc (mangle blanc) est un arbuste à branches tombantes. Il pousse en bordure de mangrove. Ils possèdent des glandes pour exsuder le sel. Des racines aérifères ou pneumatophores remontent à la surface autour du tronc. La floraison a lieu de janvier à juillet. Les fruits de couleur verte resemblent à une petite outre.
Le palétuvier gris (mangle gris) pousse en bordure de mangrove dans les zones où le sol commence à se dessécher. On le rencontre généralement sur des sols sableux plus ou moins inondables. Ses branches ont une écorce grise très fissurée. La floraison et la fructification ont lieu surtout d'avril à juillet. Les fleurs sont minuscules et réunies en glomérules. L'arbre de 2 à 8 m de haut sert occasionnellement de perchoir à la didine ou paruline jaune visible dans ce milieu.

Le palétuvier noir (mangle noir) vit en arrière de la barrière des palétuviers rouges. Les fleurs blanches se disposent en paires opposées. La fructification intervient entre avril et août. Le fruit est aplati, presque charnu et est couvert d'une poussière blanchâtre. Il s'ouvre en deux pour libérer une graine. Les palétuviers noirs et blancs possèdent des pneumatophores, racines aériennes sortant perpendiculairement de la vase  pour respirer

Le palétuvier rouge est un petit arbre qui se développe essentiellement dans la mangrove de bord de mer. Il est pourvu de grandes racines échasses dont le rôle est d'assurer un ancrage solide. Ces racines aériennes sont aussi l'assurance d'une bonne oxygénation. La grande particularité du palétuvier rouge réside dans la germination de ses graines qui débute alors qu'elles sont encore dans l'arbre. Les graines produisent un long axe en forme de fléchette d'environ 20 à 30 cm. Cet axe n'est pas encore une racine, on l'appelle l'hypocotyle. Lorsque l'hypocotyle est suffisamment grand, le fruit est mûr et tombe de l'arbre. C'est donc une jeune plantule qui se détache de l'arbre. Le fruit germant sur l'arbre, l'on peut dire du palétuvier rouge qu'il est une plante vivipare. Grâce à sa forme, la plantule se fiche dans la vase molle. Une fois en contact avec les sédiments, l'enracinement est très rapide. Un pied de palétuvier rouge naît alors qui peut maintenant former ses racines échasses.
Racines aériennes et mode de reproduction vivipare du palétuvier rouge contribuent à la progression du milieu terrestre au dépend de l'espace maritime. Les racines échasses du palétuvier rouge servent de fixation et favorise un ancrage solide face à la houle, dans un sol instable.

Le crabe Cé ma fot (Uca Rapax L) aux pinces inégales chez les mâles, donne l'impression de battre sa coulpe. Il est très courant dans ce milieu. Des huîtres plates (Isognomon alata), de plus en plus rares en Martinique, y élisent domicile. C'est aussi le lieu privilégié de refuge de gros crabes velus qui creusent des terriers dans la vase : les matous (Ucides cordatus)

Il existe dans la région du Galion, à Trinité, un type particulier de végétation appelé mangrove lacustre. Les conditions écologiques ne sont pas les mêmes qu'en littoral et sont plutôt marécageuses. L'espèce végétale caractéristique de ce milieu est le mangle médaille (Pterocarpus officinalis). C'est son fruit, une gousse arrondie et applatie de la forme d'une médaille qui lui a donné son nom. Sa sève de couleur sanguine est a l'origine de son nom vernaculaire de "sang dragon".
En tant que forêts, les mangroves contribuent au renouvellement de l'oxygène de l'air et à l'absorption du gaz carbonique. Elles sont également actives dans la conquête des zones marines et dans la fixation des sols  par sédimentation et dans la protection du littoral contre l'érosion marine. Mais c'est surtout par leur impact sur la faune marine et par conséquent sur les activités de la pêche qu'elles jouent un rôle prépondérant et vital. En plus d'abriter une faune nombreuse et variée (au moins 85 espèces d'oiseaux dont 45 sédentaires, ici un Kaïali), la mangrove tient un rôle irremplaçable dans le cycle de développement de certaines espèces marines. Les juvéniles des langoustes en particuliers y trouvent nourriture et protection. Une politique de protection stricte doit donc être menée.
 
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