La canne à sucre

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La canne à sucre (saccharum officinarum), originaire de Mélanésie, est une plante de la famille des graminées. Elle ressemble à un long roseau entouré de feuilles coupantes. Elle mesure plusieurs mètres de haut à maturité. Elle aime le climat tropical, une température avoisinant les 20 ° C, une pluviométrie importante sans être excessive et des plateaux d'altitude moyenne. Autant dire qu'elle a trouvé aux Antilles sa terre d'élection, après son introduction par Christophe Colomb lors de son troisième voyage. La culture de la canne à sucre intéresse les colons pour ses propriétés de conservations et d'apports nutritifs. Elle a façonné le paysage de la Martinique et la destinée de sa population. Le sucre devient une denrée d'échange et de commerce très importante.

Les débuts de l'implantation de la canne à sucre, originaire de Nouvelle Guinée ne furent pas sans difficultés Les premières tentatives dès 1639, auraient été des échecs sans lendemain sans l'arrivée providentielle dans l'île, vers 1650,  de juifs hollandais, chassés du Brésil par l'Inquisition portugaise. Ce sont eux qui importèrent en Martinique le secret du "blanchiment" du sucre essentiel pour la fabrication d'un sucre de qualité. Dès la fin du XVIIème siècle, le développement de cette culture supplantera toute les autres cultures tropicales , indigo, cacao, tabac. Cela marquera un tournant décisif dans l'avenir de l'île. Le recrutement de la main d'œuvre blanche par le système des engagés (en contrepartie du prix du voyage et de la promesse d'attribution d'une concession, l'engagé devait 3 ou  5 ans de travail à la colonie) ne suffisant plus pour alimenter en bras les exploitations entraînera le développement d'une société basée sur l'esclavage des noirs  alimenté par le commerce triangulaire entre les ports français, les côtes d'Afrique et les Antilles

Les différents types de canne à sucre se nomment : Malavoi, Maframe, Canne bleue, Créole rubane, Iles Maurice, B.H. (Barbade Haiti). En décembre- janvier, la hampe florale apparaît au dessus des longues feuilles coupantes.  La canne à sucre (le doux roseau du Père Labat)
Aujourd'hui, les engins mécaniques effectuent les principales phases de la culture, qui occupait jadis une main d'œuvre considérable. Quand ces travaux sont encore manuels, les gestes sont immuables : le coupeur tranche la tige très près du sol, en élimine le plumet et quelques feuilles. Il la coupe ensuite en deux ou trois tronçons. Les "amarres" formées par le haut de tige, servent à lier une dizaine de tronçons, qui forment le paquet. 
La canne à sucre se consomme telle qu'elle, défaite de son écorce, en croquant dedans et en aspirant le jus. Broyée, elle produit un jus qui se boit bien glacé avec un zeste de citron vert. Raffinée, en sucre ou en sirop pour le ti-punch. (Photos 2 et 3 , Arlette Rosa Lameynardie, Martinique des années 60)
Au début du siècle, trois personnages incontournables, le coupeur, l'amarreuse et le commandeur  à cheval

L'exploitation de la canne à sucre. Les unités d'exploitation sont  appelées Habitations. Elles comprenaient non seulement des champs de cannes, mais une maison d'habitation avec des annexes (cuisine, entrepôt, cases à esclaves avant l'abolition (Rue Cases-Nègres). Chaque usine était dirigé par un administrateur assisté d'un "géreur", d'un économe, d'un ou plusieurs commandeurs. Ces derniers circulaient toujours à cheval pour diriger les équipe de travail. Il y avait ensuite la masse des travailleurs, dont certains étaient "casés" par l'usine. Des journaliers, hommes et femmes, s'occupaient du sarclage des cannes. certaines tâches étaient réservées aux hommes (coupeurs), d'autres aux femmes (amarreuses). Les canaliers étaient chargés de tracer les canaux d'irrigation, les muletiers devaient conduire les mules ou mulets portant la canne coupées. Les cabrouétiers s'occupaient des chariots. De jeunes garçons appelés matelots effectuaient les travaux complémentaires comme répandre les engrais, conduire les bêtes dans les parcs à bestiaux. La période de la coupe des cannes commençait toujours après le 1er janvier et durait théoriquement 120 jours. 

La crise du sucre : Les sucreries étaient nombreuses sur l'île. On en dénombrait  119 en 1671 et jusqu'à 456 en 1742. En 1830, avec l'arrivée de la machine à vapeur, les petites sucreries se sont regroupées autour d'usines centrales (Soudon, Le Lareinty, Sainte Marie, Le Galion). Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, il ne reste que 14 usines à sucre. Depuis les années 1960, la crise mondiale sucrière s'amplifie et le sucre de betterave remplace peu à peu le sucre de canne. 
 

L'usine du Galion : entre le Robert et La Trinité, au milieu des champs de canne, se trouve l'usine du Galion, dernière usine à sucre en activité de la Martinique. Créée en 1865 par Eugène Eustache, elle doit son nom à la toute proche baie du Galion, où mouillaient de nombreux bateaux espagnols qui venaient se ravitailler en eau potable. Depuis l986, l'usine du Galion a été rachetée par la SAEM, qui s'est donné comme objectif l'autosuffisance de l'île en sucre. Elle couvre pourtant à peine les besoins en sucre de l'île avec une production de 8000 tonnes de sucre. Elle fonctionne de février à juillet, emploie près de 150 personnes et fabrique également un rhum industriel très parfumé, le Grand Arôme.

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